Pour en finir avec la sémiologie (3) Précisions

1. Ajustements

La lecture des indices ordinaires repose sur une visée cognitive qui s’appuie sur les connaissances requises par cette visée. Il convient donc pour les lire de disposer de ces connaissances ou de les acquérir lorsqu’elles nous font défaut. Il s’agit donc toujours d’adapter les connaissances à la visée.

Avec les images photographiques, c’est le plus souvent le contraire qui se produit : on adapte nos visées cognitives aux connaissances que nous possédons ou aux informations fournies par les images elles-mêmes. De la sorte, il est vrai qu’on les institue comme indices. Mais comme des indices dont l’apport cognitif est aussi nul que tributaire de l’iconicité de l’image.

2. L’objectivité des images

L’idée assez courante selon laquelle les images sont trompeuses et même menteuses s’explique précisément par le fait qu’on sollicite les images au-delà de ce qu’elles peuvent nous faire voir, que nos visées cognitives ne sont pas sécurisées par des connaissances appropriées. L’image ment ou trompe lorsque se produit un désajustement qui passe inaperçu entre nos attentes cognitives et les savoirs annexes ou directement obtenus d’elle. C’est là que se joue la très fameuse question de l’objectivité des images. Ni les images, ni, comme on le dit également, les légendes qui accompagnent les images ne sont objectives ou non-objectives. L’objectivité des images, c’est-à-dire en somme la possibilité qu’elles nous offrent d’en obtenir des informations exactes,  se joue entièrement dans cet ajustement entre nos attentes et nos connaissances (qui certes dépendent souvent, mais jamais exclusivement des légendes).

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2 Réponses to “Pour en finir avec la sémiologie (3) Précisions”

  1. pv Says:

    Par ailleurs, on s’en sortait avec l’idée que les sens n’étaient pas trompeurs, à partir du moment où l’on ne leur prêtait pas plus qu’ils ne pouvaient, avec la psychologie : c’était l’esprit-et-tout-ça qui n’avait qu’à bien interpréter. De la même manière, tu dis que le spectateur n’a qu’à rester dans ses limites, ou en tous cas qu’il revient de sa responsabilité – pour ne pas tomber dans cette antinomie de la raison spectatrice – d’articuler bien son horizon d’attente et ses savoirs.

    Et pour faire le lien avec le mail de l’autre jour, cela ne veut pas dire qu’il faille abandonner l’idée d’une connaissance apportée par l’a photographie, mais simplement de faire jouer la distinction entre « image » (artistique) et « photo » en trouvant pour critère opératoire que l’image (contrairement à la photo qui ne nous fait rien connaître que ce que l’on y projette) nous fait connaître, mais non plus selon les modalités d’une connaissance indicielle comme tu le montres impossible, mais sous la forme d’une contemplation de l’Idée.

    Trouver des moyens pour faire d’une image un moyen de connaissance alors même que l’apport indiciel est nul, trouver des dispositifs dans l’image, immanents à elle, qui montrent un i-nouï (ou un in-vu, je n’irais pas jusqu’à un invisible) c’est bien en un sens ta poétique, telle qu’elle sort en droite ligne de cette « Critique de la raison photographique » dont tu traces ici les contours.

    • JFD Says:

      Je n’envisageais pas de tirer de l’analyse de l’objectivité des images une éthique de la lecture, mais il est vrai que en mettant les images et partiellement les légendes hors de cause et donc en renvoyant entièrement l’objectivité à la réception des images, on peut en conclure que ceux qu’elles trompent sont leur propre dupe et qu’il leur revient de faire attention.
      Toutefois, les choses ne se passent pas comme ça je crois : il est courant de dire que les images sont trompeuses, mais il est également vrai de dire qu’elles ne trompent plus guère, justement parce qu’on sait qu’elles sont trompeuses. Autrement dit, on ne peut parfois pas s’empêcher d’avoir des attentes que ni l’iconicité ni les savoirs annexes ne peuvent réellement remplir, mais en même temps, ce qu’on fait « dire » aux images, on s’en méfie.
      Tout ça justement parce que nous savons qu’il est prudent d’ajuster nos attentes à ce qu’on sait au lieu de faire le contraire.

      D’où le sentiment étrange qu’on a devant toutes les images photographiques d’être coincé entre deux vides : le vide de l’absence d’apport cognitif lorsqu’on s’en tient prudemment à une lecture sécurisée et le vide de l’incertitude nécessaire de ce qu’on croit apprendre de l’image lorsqu’on va au-delà de ce que nos savoirs nous permettent d’apprendre d’elle. Elles ne nous apprennent rien qu’on ne savait pas déjà ou rien qu’on puisse tenir pour un savoir assuré. Peut-être que notre goût pour les images se joue dans le va-et-vient entre ces deux néants, qui lui est quelque chose.

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