Photographie et perception ou la notion d’analogie

La photographie est un transcendantal technique, distinct du régime transcendantal qui vaut pour nos perceptions. Cependant, les images photographiques sont assimilables à des perceptions. Comment est-ce possible ? Parce que les images photographiques sont analogiques à la perception.

Le terme d’analogie, souvent employé au sujet des images photographiques, ne doit cependant pas être compris comme il l’est (improprement) d’ordinaire. La notion d’analogie est souvent confondue avec celles de ressemblance ou de copie. Or les images photographiques ne sont pas des copies qui ressemblent à ce dont elles sont les images. Elles ne sont pas des copies de la réalité, elles ne ressemblent pas aux choses qui y figurent : quoi de commun entre l’image en elle-même, dans sa matérialité et le monde ? Si les images ressemblent à quelque chose, ce n’est pas aux choses elles-mêmes, mais aux choses telles qu’on les perçoit. Toutefois, là encore, il est impossible d’affirmer que les images photographiques sont des répliques de nos perceptions puisqu’elles sont le produit d’un enregistrement modalisé aussi bien par l’optique que par la chimie ou le traitement numérique de la lumière qui entre par l’objectif et non un enregistrement de nos perceptions elles-mêmes. Si par analogie, on entend copie, réplique ou être à la ressemblance, les images photographiques ne sont des analogies de rien du tout.

Mais une analogie, au sens strict, c’est une égalité de rapport. Ainsi, lorsqu’on dit que le vin est aux Français ce que la vodka est aux Russes, on établit une analogie. C’est en ce sens qu’on peut dire que les images photographiques sont analogiques et analogiques aux perceptions ou plutôt à la structure de toute perception. Les images photographiques en effet offrent une modalisation de la lumière proche de celle de la perception humaine en ce sens que les images photographiques représentent la réalité de telle sorte que les formes, l’intensité lumineuse et (éventuellement) les couleurs qu’on y voit soient combinées selon des rapports internes voisins des combinaisons propres à nos perceptions.

C’est pour cette raison qu’on peut avoir le sentiment d’avoir affaire avec les images photographiques à des sortes de perceptions mécanisées. En réalité, elles présentent une organisation d’éléments strictement graphiques qui a cependant la structure d’une perception en cela que ses éléments constitutifs (forme, luminosité et couleur) sont isolément et/ou systématiquement modulés selon des proportions (internes à chaque élément et/ou entre éléments) qui sont en gros les mêmes que ce que nos perceptions nous offrent. Les niveaux de luminosité (le contraste), la palette des couleurs quelle que soit la température de la lumière, la taille des formes les unes par rapport aux autres présentent dans les images des écarts dont les proportions sont analogues aux écarts perçus.

Pour ce qui est des formes, les images aux perspectives déformées par l’emploi d’un objectif avec un grand angle restent assimilables à des perceptions tant que les déformations sont proportionnelles aux déformations de la vision que nous avons des choses, en tant qu’elle est également en perspective.

En ce qui concerne la luminosité, si les écarts de luminosité que peut enregistrer un appareil photo, argentique comme numérique, sont très inférieurs à ceux que l’oeil humain peut supporter, les écarts enregistrables se distribuent selon la même échelle que les écarts perçus et surtout leur sont proportionnels. Entre les hautes lumières et les ombres, l’écart qu’on peut constater d’une part dans les images et d’autre part dans nos perceptions est très différent, mais le rapport entre les valeurs extrêmes est en gros le même dans les deux cas.

Et enfin, en ce qui concerne les couleurs, si les photographies noir et blanc, malgré leur évidente non ressemblance tant avec les choses qu’avec nos perceptions peuvent être assimilées malgré tout à des perceptions, c’est parce que les niveaux de gris qu’on y observe sont proportionnels à la fois à l’intensité lumineuse et à l’éclat des couleurs perçues.

Voilà pourquoi les images photographiques sans être des répliques du monde ou de nos perceptions peuvent être assimilées à des perceptions du monde, c’est-à-dire peuvent être perçues de telle sorte qu’en les voyant, on s’imagine voir ce qu’elles figurent.

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3 Réponses to “Photographie et perception ou la notion d’analogie”

  1. La Noiraude Says:

    je ne dirai donc plus photographe mais méta photographe, et dans mes grands jours, méta photographe, petit père du doc expressionniste et contradicteur de Barthes 2e.
    (c’est pour être avertie de la parution des nouveaux !)

  2. JFD Says:

    Voilà des titres ronflants qui ne manquent pas de me flatter la Noiraude ! Fort heureusement, je me garde d’être sensible à la flatterie. Quoi que…

    • La Noiraude Says:

      C’est n’importe quoi ce machin !
      Les auteurs de commentaires qui n’en sont pas sont interdits d’abonnement ou quoi ?
      Non seulement je n’ai pas été avertie de la publication de ‘Photo,peinture, la suite’, mais de surcroit je ne l’ai pas été non plus de ton insensibilité à ce que tu qualifies de flatteries !! (Ronflants ?! Ah ben mince, voila ce qui m’arrive lorsque je tente d’être juste un peu précise.)

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