La référentialisation photographique

Impossible de prétendre que les images photographiques n’ont pas de fonction référentielle ni qu’elles ne permettent jamais de réaliser des référentialisations adéquates. Bien au contraire, une image photographique ne peut jamais être reçue comme telle (c’est-à-dire en tant que photographique) sans que soit activée sa fonction référentielle. Mais en même temps, la technique photographique en tant que telle (qui repose sur un enregistrement et qui produit des images analogiques à nos perceptions) ne garantit pas en elle-même la coïncidence de ce qui est identifié avec ce qui est authentifié, de l’essence avec l’existence du dénoté. La transparence présumée des images obtenues par enregistrement est toujours susceptible d’être déjouée par les conditions de la réception de l’icône.

C’est que la tension inhérente aux image photographiques n’oppose pas deux modes indépendants de réception des images, d’un côté la référentialisation des images et de l’autre une réception de ces mêmes images en tant que pures icônes, d’un côté le fait de les tenir pour des cryto-signes et de l’autre de les tenir pour des signes-tableaux. Cette tension inhérente à la réception des images photographiques signifie que ces deux manières de voir les photographies sont nécessairement convoquées simultanément par de telles images, mais de telle sorte qu’elles ne font que se contrarier. Cette tension est donc nécessairement présente au cœur même de la référentialisation dans la mesure où elle repose à la fois sur une authentification par l’enregistrement et sur une identification iconique. Réciproquement, cette tension est également nécessairement présente lorsqu’on reçoit les images en tant qu’elles seraient d’abord des icônes, car, à moins de les nier en tant que photographies, il est impossible de les saisir indépendamment de toute référentialité et plus exactement de toute attestation d’une existence puisqu’elles sont techniquement liées à ce qu’elles figurent. Le récepteur d’une image qu’il sait être une photographie ne peut la tenir pour une représentation qui ne possède avec ce qu’elle représente qu’une relation sémiotique exclusivement fondée sur l’analogie entre l’image de l’objet et l’objet de l’image. Parce que recevoir une image comme photographique, c’est nécessairement la saisir comme un enregistrement de ce qu’elle figure.

En somme, l’activation de la fonction référentielle des images photographiques est constitutive de leur réception, mais les conditions de l’identification au moyen de l’icône de l’objet photographié impliquent tout aussi constitutivement l’impossibilité de garantir que ce qui est identifié correspond bien à ce qui a été photographié.

Il n’existe donc pas deux manières indépendantes de recevoir les images photographiques, à savoir une réception qui les tiendrait pour transparentes et une réception qui n’y verrait que des icônes autonomes : elles sont toutes les deux simultanément provoquées par de telles images et elles sont cependant nécessairement contrariées l’une par l’autre. En revanche (et c’est peut-être ce que cette erreur tentait de dire), il existe deux formes distinctes de référentialisation, dans lesquelles la tension inhérente à la réception de toute image photographique est naturellement présente. Puisque la référentialisation comporte deux dimensions conjuguées, l’identification et l’authentification, elle peut varier selon l’importance relative accordée à ces deux aspects. La référentialisation peut en effet privilégier l’identification par rapport à l’authentification, mais elle peut au contraire se soucier davantage de l’authentification que de l’identification. Il ne s’agit pas de dire que l’une ou l’autre des deux dimensions est négligée parce que sinon, on ne pourrait plus parler de référentialisation, mais qu’on accorde à l’une plus de poids qu’à l’autre. En droit, toutes les images peuvent donc être reçues de ces deux manières, entre lesquelles d’ailleurs il n’existe pas de démarcation franche, même si dans les faits ces deux manières de regarder les images sont en partie déterminées par la nature ou le lieu d’apparition des images. La première, celle qui privilégie l’identification donne lieu à une référentialisation non positionnelle (généralement infra-discursive et essentiellement fondée sur des savoirs anthropologiques). L’autre qui privilégie l’authentification donne lieu à une référentialisation positionnelle.

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Une Réponse to “La référentialisation photographique”

  1. bensaid Says:

    la dimension esthétique d’une image photographique est le lieu d’un double effort. la prise de photo et la surprise ressenti par le récepteur.

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